«J'ai été élevé par deux femmes»

À 66 ans, Jean-Dominique Bunel, opposé au projet de loi ouvrant l'adoption aux couples homosexuels, décide de sortir du silence pour dire combien sa vie a été perturbée par le fait d'avoir eu deux mamans.

Voici quelques extraits - l'article intégral est à retrouver sur le site du Figaro.

"Comment dire en effet la souffrance d'avoir été élevé par deux femmes, sa mère et l'amie de celle-ci, sans manquer à l'amour qu'il éprouve pour ces deux personnes à qui il doit beaucoup et qui sont aujourd'hui décédées? Comment parler, sans impudeur, de ce que l'enfant n'avait pas compris de cette relation entre femmes et qui s'est éclairée plus tard, au prix d'un écroulement intérieur?

«Je n'ai jamais souffert de l'homosexualité, assure-t-il. Bien au contraire, rétrospectivement, ma famille était très tolérante pour son époque.»
 
«Ce n'est donc pas le tabou de l'homosexualité qui m'a fait souffrir, mais l'homoparentalité. Les homosexuels doivent naturellement être accueillis avec fraternité ; ils enrichissent l'humanité et s'il faut, bien entendu, leur accorder le plus possible les mêmes droits qu'aux hétérosexuels, cette égalité ne peut évidemment pas s'appliquer à un “droit à l'enfant” qui n'existe nulle part et qui ne figure dans aucun texte.»
 
Voilà bien ce qui ne passe pas: l'homoparentalité. De quoi a-t-il souffert? «De l'indifférence des adultes aux souffrances intimes des enfants, à commencer par les miennes. Dans un monde où leurs droits sont chaque jour évoqués, en réalité, c'est toujours ceux des adultes qui prévalent. J'ai également souffert du manque d'un père, une présence quotidienne, un caractère et un comportement proprement masculins, une altérité par rapport à ma mère et à sa compagne. J'en ai eu conscience très tôt. J'ai vécu cette absence de père comme une amputation.»

Quand on lui objecte que beaucoup d'enfants vivent cette situation en cas de divorce, il rétorque: «Le divorce ne prive pas nécessairement l'enfant de ses deux parents, qui en ont ordinairement la garde partagée ou alternée. Surtout il ne remplace pas le père par une deuxième femme, accentuant ainsi le déséquilibre affectif, émotionnel et structurant de l'enfant. Tous les psychiatres devraient reconnaître que celui-ci ne se repose pas sur une femme comme il le fait sur un homme, et que l'idéal pour lui c'est que l'un et l'autre l'accompagnent d'une manière égale, mais complémentaire

[...]  à ma connaissance, aucune enquête sérieuse n'a jamais été diligentée sur ce sujet dans des conditions scientifiquement indiscutables et portant sur un grand nombre de personnes. Je doute que beaucoup de fils et de filles de couples homosexuels s'ouvrent facilement et honnêtement à des journalistes sur un sujet aussi délicat. C'est déchirant de raconter une souffrance qu'on voudrait taire.»
 
Aujourd'hui donc, les mots manquent. Reste le cri: «Lorsque j'ai appris que le gouvernement allait officialiser le mariage entre deux personnes du même sexe, j'ai été bouleversé. Non pas tant par le mariage lui-même, qui constitue pour moi plus un sacrement qu'une union civile, mais par le fait qu'on ouvrirait nécessairement cette mesure à l'adoption, institutionnalisant ainsi un état qui m'avait tant perturbé. Il y a là une injustice que je ne peux supporter
 
Il ajoute en juriste: «Je m'oppose à ce projet de loi parce qu'au nom d'un concept dévoyé de lutte contre les inégalités et les discriminations, on refuserait à l'enfant un de ses droits les plus sacrés, qui se fonde sur une tradition universelle et millénaire, celui d'être élevé par un père et une mère. Lorsque deux droits s'opposent: celui-ci et le “droit à l'enfant”, c'est ce dernier qui doit s'effacer. La Convention internationale des droits de l'enfant précise en effet que l'“intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale” (art. 3, § 1). En l'espèce, cet “intérêt supérieur” ne fait aucun doute.»