Chritine Boutin : « J’appelle les Françaises et les Français de bonne volonté à rentrer en résistance face au dévoiement de ce qui fait notre grandeur»

Christine Boutin

 

"Si nous adoptons le mariage homosexuel, nous ne serons plus la patrie des Droits de l'Homme"
[...] « J’appelle les Françaises et les Français de bonne volonté à rentrer en résistance face au dévoiement de ce qui fait notre grandeur »
Une tribune de Chritine Boutin lue sur Atlantico
 

Voici près de trente ans, comme responsable politique, que je travaille sur la problématique de la famille. Depuis trente ans, je vois ce que tout le monde appelle" la cellule de base de la société", s’affaiblir, s’effondrer. On pourrait trouver là, la photographie de l’évolution "moderne" de notre société et s’arrêter là.

 

La famille, depuis la nuit des temps, est fondée sur l’engagement d’un homme et d’une femme. Les révolutionnaires de 1789 ont consacré cet état de fait par la création de l’institution du mariage.

 

Quand j’avais quinze ans, j’étais fan de Georges Brassens et j’apprécie toujours sa poésie. J’ai fredonné avec bonheur sa chanson "Ne laissons pas nos noms au bas d’un parchemin", inconsciente de ce que portait ce texte. Le temps a passé, le divorce par consentement mutuel, la pilule, l’avortement, l’abolition de la peine de mort, le PACS.

 

Pendant tout ce temps, comme cela est normal, j’ai avancé en âge, en expérience, en responsabilité, assumant le fait d’être femme dans sa plénitude. Si je me suis opposée au PACS en 1998 et si je n’ai pas changé d’avis quinze ans plus tard, c’est parce que je savais que le "coup de grâce" à cette institution, allait être porté dans les prochaines années.

 

Ce que j’ai compris aujourd’hui, c’est que la revendication de certains homosexuels à l’égalité de droits, n’est que l’alibi ultime à la remise en cause des principes fondamentaux qui fondent la République française. Les homosexuels n’y sont pour rien. Nous sommes aveuglés par l’apparence de cette revendication, sans tenir compte de la profonde révolution qui est en marche.

 

Les discussions actuelles à l’assemblée nationale sur PMA ou GPA sont dérisoires. A partir du moment où dans le Droit, on détourne une évidence de la nature, c’est-à dire la possibilité pour un duo homosexuel de pouvoir engendrer, on crée une fiction, qui permettra d’abolir tous les Droits de l’Homme. Sans nous en rendre compte, les discussions parlementaires actuelles conduisent la France, pays des Droits de l’Homme, à supprimer toute humanité de l’Homme. C’est une évolution récente, rapide, dont nous avons pu pressentir les effets, lors des discussions bioéthiques. L’autorisation par la loi de créer des embryons surnuméraires a été le premier pas : que faire de ceux qui restent au congélateur ? Plutôt les donner à la recherche et c’est ainsi que ces embryons que l’on ne voulait pas qualifier de sujets de droit, sont devenus objets et matériaux. L’anonymat du don de sperme, autorisé pour soi-disant permettre d’avoir suffisamment de gamètes masculines en stock a été choisi au détriment du droit de chacun de connaître ses origines. Le refus du président de la République d’autoriser la gestation pour autrui est un mensonge. Il n’en pourra rien, et même s’il réussit à ce que ce ne soit pas autorisé dans la loi actuelle, cela sera, dans les années à venir, comme le PACS a été le prélude au projet de loi en discussion. Tout ceci pourrait ne pas être grave, mais au contraire un signe de progrès et de modernité. La question n’est pas là. La question est que la France est en train de consacrer un libéralisme effréné et sans règles, sur le modèle anglo-saxon, reniant toute sa tradition des Droits de l’Homme.

 

La question est de savoir si nous voulons ce reniement.

 

Comment est-il possible qu’en France, nous puissions envisager un seul instant de pouvoir transformer le corps de la femme en objet de contrat, où l’argent tient toute sa place ? Comment la France, peut-elle être à l’initiative de ce nouvel esclavage qui louera les ventres des femmes pauvres au profit des couples ou duos riches ? Et l’enfant ? Que devient-il ? sinon le résultat du désir des adultes, objet de consommation : j’ai un désir, il doit être comblé. Tous nos principes s’effondrent. Nous savons très bien que "l’Homme augmenté" est en marche, cet "Homme augmenté", qui petit à petit ne va avoir d’humain que ce que lui laissera la technique.

 

Et quand la technique aura pris le dessus, dans quel régime politique vivrons-nous ? Démocratique ? Vous le croyez ? Moi, non ! Totalitaire ? Sans doute. Le monde sera mené par ceux qui auront le pouvoir de décider du droit de vivre de celui-ci, par rapport à celui-là, selon des critères de sélection déterminés en fonction du besoin des puissants. Tout le monde sourit sur les robots. Allez faire un petit tour au Japon, vous verrez la conception de l’avenir qu’a ce pays.

 

La super puissance de la technique, nous facilite la vie. Elle est toujours, sans que nous ne nous en rendions compte, un abandon de notre liberté et de notre indépendance.

 

La question posée aujourd’hui est de savoir si la France, dernier bastion du respect de la dignité humaine comme principe fondateur, est prête à se renier ? C’est à nous la France que revient cette responsabilité majeure. Ne nous laissons pas abuser, le mariage par les couples de même sexe, n’est que le faux nez du chemin que nous choisissons, primauté de la dignité de l’Homme ou Homme objet de consommation.

 

Ce n’est pas un problème de droite ou de gauche, même s’il est surprenant que ce soient des socialistes qui proposent cet aboutissement. Chaque homme, chaque femme, chaque Française, chaque Français, doit prendre conscience des véritables enjeux qui se nouent actuellement. Les révolutionnaires de 1789, le siècle des lumières, doivent se retourner dans leur tombe. Pour ma part, j’ai choisi mon camp, celui de la dignité de la personne, de toute personne, quel que soit son âge, sa santé, son orientation sexuelle, sa race, sa religion, ou sa non-religion.

 

J’appelle les Françaises et les Français de bonne volonté à rentrer en résistance face au dévoiement de ce qui fait notre grandeur